Datagraphie : [dataɡʁafi], nom fém.

Géographe de formation, infographiste à mes heures perdues, je propose un néologisme : datagraphie. Cartographie, visualisation des données, géolocalisation et mashups sont en cours de (ré)invention — ce blog propose une veille sur ces sujets.

01 juin 2011 ~ 1 Commentaire

Le Musée de ma vie : la mise en scène mégalo d’une virtuelle vie sociale par Intel

Depuis quelques mois, la mode est aux mashups réalisés à partir de nos posts sur les réseaux sociaux. Utopic proposait un habillage graphique plutôt réussi de l'actualité de vos amis sur Facebook et Twitter. Le projet Social Memories proposait l'édition d'un livre à partir de vos meilleurs statuts Facebook – c'est bien connu, le réseau est plein de prose. Le fabricant de microprocesseurs Intel va plus loin avec son application créant un musée virtuel dédié à sa vie : "The Museum of Me".

Le musée en question prend l'aspect d'un bâtiment design, du genre musée d'art moderne. Un clic plus tard, l'aplication vous demande l'autorisation de se connecter à votre compte Facebook et d'y récupérer tout un tas de données. Puis vient un chargement plus ou moins interminable – près de 10 minutes en ce qui me concerne, mais sûrement cela est-il du au grand nombre de connexions suite au lancement récent du site.

Quand daigne se lancer l'application, on entre enfin dans le fameux musée et commence un interminable travelling en 8 étapes dans votre vie numérique. L'intérieur du musée est particulièrement épuré et Intel a poussé le narcissime réalisme jusqu'à y mettre en scène de faux visiteurs en train de contempler notre oeuvre. La visite commence par les amis avec lesquels on intéragit le plus ; suivent une grande fresque murale avec les photos mises en ligne sur Facebook et les vues satellite des lieux dans lesquels on a voyagé (grâce aux données de géolocalisation des photos en ce qui me concerne). Un immense mur affiche ensuite les mots les plus fréquents dans nos statuts et les vidéos postées ou "likées". Une sculpture de pouce géant trône au milieu de la pièce. Wow.

La suite est plus cocasse : d'énormes robots manipulent et classent nos photos, vidéos et souvenirs, grande allégorie de notre société de consommation numérique. Leur classement abouti à une immense mosaïque, qui lorsque la caméra recule, se mue en notre photo de profil ("ma vie, mon oeuvre"), puis en social graph ("tout ça c'est moi !"), et pour finir en constellation d'étoiles.

Au final, Intel livre ici une magnifique oeuvre numérique, qui contribuera à venir combler d'orgueil nos égos déjà bien gâtés par les réseaux sociaux. Intel livre aussi là un beau panorama de notre identité numérique et, passé l'élan artistico-narcissique, on se dira tout de même : "wow, Facebook sait quand même beaucoup de choses sur moi". Intel aussi maintenant.

27 mai 2011 ~ 0 Commentaires

La taille relative des choses

A ceux qui se sont toujours interrogés sur la raison de la taille des choses dans l'univers, ce site ne donnera pas de réponse. Mais, de 900 Ym – la taille supposée de l'univers – à 0,0000000001 ym – l'échelle supposée de la corde de la théorie des cordes –, cette animation flash designée par PrimaxStudio met magnifiquement en perspective l'étendue des différences de grandeur connues. A noter que, étrangement, l'échelle de vie de l'homme se situe au quasi miieu de cette éventail.    

13 mai 2011 ~ 0 Commentaires

Timeline : la traque de Ben Laden

Dans les outils de visualisation de données et de traitement de l'information, la timeline apparaît désormais comme incontournable. Preuve en est, cette magnifique vidéo, réalisée façon plan de métro, retraçant la traque de Ben Laden. 2'07'' pour en connaître toutes les étapes, de la déclaration d'ennemi public n°1 à Abottabad, en passant par les stations Gary Weddle (le professeur de Washington qui jura de ne pas se raser tant que Ben Laden ne serait pas capturé) et Gary Faulkner (l'illuminé parti avec son sabre chasser le Ben Laden dans les grottes de Tora Bora).

Une belle réalisation graphique, mais qui invite aussi à s'interroger sur l'appauvrissement du traitement de l'information dans les nouveaux médias, par exemple par le fait que tous les événements sont situés sur le même plan…

10 mai 2011 ~ 0 Commentaires

La peur du nucléaire en temps réel

Décidement, le Web n'en a pas fini de jouer à se faire peur avec le nucléaire. Après les infographies sur Fukushima (comment ? pourquoi ?), après les cartes sur la dérive des nuages radioactifs (c'est quand notre tour ?), sans oublier les fameuses échelles de référence de la radioactivité au quotidien (ah tiens, je ne savais pas que je risquais ma vie tous les jours), la nouvelle trouvaille est  justement… une cartographie en temps réel de la peur du nucléaire.

Intitulé Nuclear Anxiety, ce mashup cartographie en temps réel les twitts relatifs au nucléaire. Chaque twitt apparaît ainsi géolocalisé sur une angoissante mapemonde et agrémenté de son petit symbole radioactif. L'occasion de vérifier qu'en France, on est finalement pas tellement angoissé – en même temps, on sait depuis Tchernobyl que nos frontières savent filtrer les particules radioactives en plus des étrangers. Peut-être aussi parce que les mots clés recherchés dans les twitts ont l'air d'être exclusivement anglais ou japonais.

Et puis, aussi, ce n'est que jamais que sur Twitter. Dans le monde clos de l'entre-geeks.

(Trouvé chez SoAnn)

04 mai 2011 ~ 0 Commentaires

Mort de Ben Laden : la cartographie interactive des réactions du New York Times

L'assassinat d'Oussama Ben Laden par les forces spéciales américaines au Pakistan n'en finit pas de faire débat. Fallait-il ? Fallait-il pas ? Le New York Times publiait hier sur son site Internet un outil destiné à recueillir et cartographier les réactions des internautes. Avec ce diagramme, le quotidien New Yorkais continue son exploration de la manière de présenter les données.

La force de cet outil réside certainement dans le fait qu'il est immédiatement compréhensible pour l'internaute : les deux axes permettent à l'internaute de positionner avec précision sa réaction selon deux dimensions (personnelle et historique), tandis que la valeur de bleu indique le nombre de réactions similaires. Sur le plan qualitatif, le survol d'un des petits carrés affiche le commentaire d'un internaute. Et en un clic, l'internaute est invité à laisser le sien. Voici le diagramme, tel qu'il se présentait quelques 7000 commentaires après son lancement :

Le quart supérieur droit est impressionant de réactions. Il concentre les réactions des internautes ayant une forte réponse émotionelle positive (dimension personnelle) face à l'opération contre Oussama Ben Laden et percevant l'événement comme important dans la lutte contre le terrorisme(dimension historique). Ailleurs, on remarque une répartition plutôt homogène régulière des réactions, signe qu'un grand nombre d'opinions est représenté, avec cependant une reconcentration sur les bords et les milieux (axes de symétries et diagonales). Dans les coins, les valeurs de bleu quasi similaires dans les quatre angles laissent à penser que les positions extrémistes sont toutes quatre aussi nombreuses. Il est fort probable que la manière dont le diagramme va continuer à se remplir soit toute aussi intéressante à analyser, au fur et à mesure que la réflexion prendra le pas sur l'émotion.

Ce diagramme – comment l'appeler ? – constitue à ma connaissance une manière inédite de mesurer une opinion. Il a l'avantage sur le sondage de permettre un niveau de nuance très précis pour l'internaute. En outre, il est associé à une mesure qualitative (le commentaire), qui exploités par grands ensembles, peut faire apparaître les champs sémantiques de chacune des opinions représentées. En revanche, on peut lui trouver comme principal inconvénient de créer un biais dans l'interrogation de l'internaute, en lui présentant en premier les résultats du sondage – certains pourront toujours arguer que cela peut lui permettre de prendre connaissance des autres opinions, donc de s'intéresser davantage à la question et in fine de proposer un avis plus construit. Et puis aussi, ce type de consultation n'est possible que si l'on a deux dimensions.

Ludique, didactique, participatif, il est à parier que ce nouvel objet web non identifié se répande sur la toile d'ici l'été. J'ai compté que le diagramme était constitué de 142 possibilités en ordonnée et 94 en abcisse. Soit 13 348 positions différentes possibles. Qui a dit que la nuance n'existait plus ?