30 mars 2011 ~ 1 Commentaire

Retour sur trois semaines d’infographies d’un monde nucléarisé

Depuis quelques semaines, le Web fourmille de données, d'infographies, d'animations sur le nucléaire, quitte à parfois tout mélanger. Que dessine-t-on ? Que montre-t-on ? Que retweete-t-on ? Petite revue du Web, subjective et non-exhaustive.

Un premier type d'infographies présente de manière didactique la catastrophe et sont généralement réalisées par des médias en ligne. Le scénario de la catastrophe de Fukushima est analysé, disséqué, exposé sous toutes ses facettes. Le site du Monde propose une infographie en flash du scénario de la catastrophe nucléaire et diverses données annexes : ses conséquences à différentes échelles, une rapide échelle des radiations pour l'homme, le sens des vents au Japon, etc. Bien réalisé, mais à vouloir trop en mettre sur une même page, on perd en précision, et peut-être aussi son lecteur.

Le New York Times propose une carte de synthèse des dommages causés par le séisme, le tsunami et la catastrophe de Fukushima. Cette carte interactive géolocalise toute une série de données : photos des destructions, nombres de bâtiments détruits, nombre de personnes décédées ou disparues, localisation de l'épicentre. Une couche permet également de montrer les mesures datées des radiations en différents endroits autour de la centrale nucléaire endommagée, ainsi que la zone de 50 miles de diffusion potentielle des radiations. Cette carte manque encore de données mais pourra constituer à terme une excellente carte de synthèse de la série de catastrophes. Ce thème donne rapidement lieu à une carte en propre : après la recommandation de l'Ambassade américaine aux ressortissants américains d'évacuer la zone à moins de 50 miles (80 km) de la centrale, le journal publie une nouvelle carte sur l'étendue de la zone possiblement irradiée et ses conséquences pour la santé.

Le New York Times n'est pas avare d'infographies et nous propose de rentrer en 3D dans un réacteur nucléaire pour expliquer les conséquences de l'absence d'eau pour refroidir le combustible usagé. Une autre infographie toujours en 3D et en flash explique le processus de fusion au coeur du réacteur. Bref une couverture infographique didactique et réussie.

Sur son Datablog, le Guardian présente une infographie JPG simple, quoique très graphique, et livre des informations complètes sur les réacteurs 5 et 6 de Fukushima, les seuls à être épargnés. Mais surtout, ce blog ouvre ses sources en proposant l'accès à une feuille de calcul Google Docs, dont la dernière mise à jour date d'aujourd'hui. "Facts are sacred" dit la baseline.

Un autre type de créations se concentre, parfois de manière plus conceptuelle, sur les conséquences de la catastrophe. Certains blogs montrent dès le 17 mars la contradiction entre les chiffres avancés de radioactivité au Japon et la réalité. Des graphistes créent des posters pour expliquer les conséquences de la radioactivité en fonction de la dose d'irradiation. Certaines sont même graphiquement très réussies, comme l'infographie d'xkcd qui propose des repères sur la radioactivité dans notre quotidien. Reprise sur une échelle logarithmique sur un autre blog, elle devient payante au format PDF – au profit des victimes des catastrophes au Japon.

Sur les blogs de cartographie, on ressort d'anciennes cartes, comme la carte représentant la partie du territoire américain traversée par plus d'un nuage radioactif, suite aux tests nucléaires entrepris dans le désert américain entre 1951 et 1962.

D'autres blogs produisent pour mémoire la carte des explosions nucléaires dans le monde depuis 1945, classées par pays et par type (attaques de 1945 contre le Japon, explosion atmosphérique ou souterraine).

Enfin, un troisième type de contenus diffusés suite à la catastrophe concerne l'implantation des centrales nucléaires dans le monde. Les journaux se doivent de proposer à leurs lecteurs un point sur la dépendance de leur pays au nucléaire. Sur Internet, les cartes de géolocalisation des centrales se multiplient, des mises à jour Google Earth sont réalisées, des atlas en ligne voient le jour.

Didactiques, démonstratrices ou prétextement graphiques, les buts recherchés par ces info/data/carto-craphies sont diverses. La distinction entre nucléaire militaire (la bombe) et civil (le réacteur pour produire de l'énergie) est cependant parfois confuse et les amalgames se font vite. Cette revue du Web montre que la catastrophe en cours au Japon n'en finit pas d'inspirer le milieu de l'infographie. Preuve, s'il en, est que le nucléaire fait peur fait cliquer.

One Response to “Retour sur trois semaines d’infographies d’un monde nucléarisé”

  1. George 4 avril 2011 at 13 h 32 min Permalink

    Trois réflexions à la lecture de cet article comparatif (d'ailleurs très bien documenté)
    - les sites internet des journaux anglosaxons semblent mieux exploiter le potentiel qu'offrent les données par infographie que ceux des journaux français. Je m'interroge sur les facteurs qui font cette différence…
    - quand on parle de "catastrophe" un dessin vaut mieux que de longs discours… au risque de simplifier au moins on est percutant. .
    - A remarquer que cette catastrophe qui fait planer une menace "invisible" (pas d'odeur ni de couleur) sied parfaitement à la représentation "visuelle". Elle est l'une des rares catastrophes à permettre de mêler les trois types de représentation en même temps: carte géographique (implantation de sites nucléaires, suivi du nuage ou du ayon de contamination), graphique (taux d'exposition…) et schéma explicatif… On comprend mieux pourquoi les infographistes s'en donnent  à coeur joie…
     


Leave a Reply